SON HISTOIRE

Traducción

"Français  espagnol" 

Texte d' André Sauvage (ancien collègue à l'Ecole nationale supérieure d'Architecture de Bretagne)

publié dans la revue "Place Publique N°15"  de Rennes.

 

 

Dans une grande discrétion le 27 octobre  2011 dispararaît à Jullouville (Manche - France)

Justino Serralta, architecte Urbaniste et artiste,

un des derniers  collaborateurs de Le Corbusier.

 

"Né à Melo (Uruguay) en 1919, Justino Serralta rallia l'atelier Le Cor­busier après la seconde guerre mondiale, où il resta trois années (1948­ à 1951). Il contribua notamment à la conception et la mise au point de la Cité Radieuse de Marseille.

 

Retournant avec sa femme fran­çaise en Amérique latine (Uruguay), il devint entre 1951 et 1973, sous-directeur de l'Institut d'urbanisme, chercheur en aménagement du territoire, assesseur des Municipalités et conseiller du ministre des Travaux publics en Uruguay.

 

Dans le même temps, jusqu'en 1984, il est professeur - directeur de projets et de conception architecturale à la faculté d'architecture de Montevideo. Mais, de sombres nuages poli­tiques — dictatures et violentes répressions - touchant directement sa fa­mille et le menaçant lui-même, Justino Serralta dut se replier en France (1974). Il assuma d'abord un enseignement à l'école d'archi­tecture de Saint-Etienne, pour laquelle il fut l'auteur du plan d'études, appliqué ensuite.

 

Il poursuivit et termina sa carrière à partir de 1985 comme enseignant à l'École d'architecture de Bretagne à Rennes.

 

Mais Justino Serralta menait diverses activités en parallèle. Contre la répression politique en Amérique latine, il contribua au Monde di­plomatique (1984-1987) comme illustrateur aidant ainsi à faire connaî­tre le mouvement qui menait combat pour alerter l'opinion française.

 

Comme plasticien, il exposa notamment aux Pays Bas, à Utrecht (1979), en France, à la Grande Motte (1980), à Paris (L'Amérique Latine à Paris, Grand Palais, 1982, Salon d'Automne 1986 et 1987), à Rennes (1984, 1988) et à Granville (1986).

 

Il écrivit des ouvrages de théorie de l'architecture, no­tamment L'Unitor , dans lesquels transparaissent ses options person­nelles articulées aux systèmes de pensée universelle et sa conception de la communauté, qui dépassent les points de vue de Le Corbusier et de ses fidèles du Mouvement d'Architecture Moderne.

 

Lors de ses obsèques, après son éloge chargé d'une grande émotion, M. l'Architecte Julio Navarro, consul d'Uruguay en France, déclara en recouvrant le cer­cueil du drapeau de son pays :

« avec la mort de ce maître, c'est toute l'architecture Uruguayenne qui est en deuil »."

 

 CÉLÉBRER LA VIE 

Texte de Arq. Nery Gonzalez

 

Le 27 octobre 2011, Justino Serralta a quitté le chemin de sa longue et riche vie et s’est installé dans les mémoires du futur… .

Si nous avons appris quelque chose de lui, et si nous sommes cohérents avec l'héritage que nous avons décidé d’apprécier -complexité et contradictions assumées-, sa boussole continuera d'ouvrir des chemins pour la construction de scénarios dans lesquels la vie pourra être célébrée par tous, dans un contexte de « dialogue de la diversité » et sur un niveau d’équité (tel le message de ses allégories dessinées... et les conversations autour des tables de dessin de la faculté).

 

Peu de personnes ont été aussi proches de Serralta que Conrado Petit, peu de personnes l’ont mieux connu.

Quelques années auparavent, il devait écrire une note de bienvenue pour l’arrivée de son ami à Montevideo, lors du vernissage de l’exposition de son œuvre.

 

Aujourd'hui, j'ose prendre ce texte et le reproduire en forme d’hommage à Serralta et aussi à Petit... et à l'atelier - l'ancien atelier Altamirano - qui les a eus comme protagonistes et qui a fait de nous ce que nous sommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Architecture et poésie du complexe 

Architecte Conrad Petit Rucker

Texte édité à l'occasion de l'inauguration au Musée de Blanes de l'exposition sur "l'oeuvre de Justino Serralta",

Organisée par le gouvernement municipal de Montevideo

la Faculté d'Architecture (UdelaR),

l'Ambassade de France (2004).

 

Le maître, l'ami, le semeur de réflexions troublantes, de conclusions troublantes ; penseur, chercheur, artiste.

Un passionné exceptionnel dans la recherche des essences du réel; de cette réalité que les hommes génèrent en occupant, utilisant et partageant l'espace.

Propriétaire d'une intégrité à toute épreuve et d'une modestie qui déconcerte lorsqu'il est possible de découvrir ce qu'il contient...

Nous l'avons rencontré vers 1952, lorsque Serralta est revenu de France et a rejoint,  comme enseignant, la Faculté d'Architecture.

Une Faculté qui, au cours de ces années, a été émue, révolutionnée, par des idées de changement et d'engagement envers une réalité sociale qui, en fait, exigeait l'attention et l'intervention d'assistance technique d'un centre d'études jusque-là "tournant le dos à la vraie vie rurale.

 

Serralta, architecte uruguayen, revenait de Paris après quatre ans de travail passionné dans l'atelier d'architecture de Le Corbusier : la Mecque où les jeunes architectes du monde entier espéraient arriver.

Ce sont les années du projet et de la construction de l'Unité d'Habitation de Marseille, des études du Modulor, où Serralta avait participation décisive.

Dans cette Faculté au climat effervescent, Serralta entre dans la fonction d'enseignement de l'Atelier d'Architecture dirigé par le Professeur Alfredo Altamirano.

Entre autres jeunes professeurs, il était accompagné des architectes Nelson Bayardo et Héctor Iglesias Cháves. Une formidable équipe pédagogique s'est constituée et la formation des étudiants s'est développée dans un cadre de questionnements, de polémiques et d'idées novatrices, où l'élan créatif des étudiants et des enseignants ne trouvait ni répit ni repos.

Serralta nous est apparu avec parcimonie, peut-être durement, avec un jugement précis et implacable lorsqu'il a signalé des déviations, des erreurs ou des insuffisances dans la proposition de l'étudiant.

On lui faisait aveuglément confiance et certains le craignaient. Il fallait être bien équipé pour affronter Serralta dans les corrections.

Comme le dirait le professeur Nelson Bayardo des années plus tard, qui dirigera plus tard son propre atelier avec un brio splendide :

"... il était le meilleur d'entre nous."

 

Parallèlement à l'atelier d'Altamirano, Serralta était entré comme chercheur à l'Institut de théorie de l'architecture et de l'urbanisme dirigé par le professeur et architecte Carlos Gómez Gavazzo, et dans lequel il a atteint la sous-direction avant que la dictature ne démantèle la faculté.

En 1961, il prend la direction de l'atelier à l'abri de son talent et d'une étroite interrelation entre enseignement, recherche et vulgarisation - assistance et conseil aux institutions ou collectivités de notre milieu.

Serralta a été l'un des professeurs qui ont marqué une époque à la Faculté d'architecture.

Ceux d'entre nous qui ont été ses élèves ou ses collaborateurs continuent d'être marqués par l'amour et l'admiration que nous lui témoignons, par l'originalité de ses idées.

Etant avant tout enseignant, il a également alterné dans l'activité professionnelle avec des œuvres, rares, mais d'un haut niveau architectural.

La diaspora universitaire qui a provoqué l'intervention de l'Université par la dictature et la persécution de milliers de jeunes, dont leurs enfants, a emmené Serralta en France.

Une étape douloureuse de sa vie, marquée par des déceptions et des incertitudes, mais aussi par une activité d'enseignement réussie, se maintenant dans un état permanent de réflexion et de création. créateur né; possesseur de ces traits qui caractérisent les génies.

Son mode d'expression : crayon, dessin. Peu de mots.

Sa passion : l'enseignement, la recherche, trouve un terrain d'exercice aussi en France.

Il se concentre sur l'élaboration d'un résumé de sa force d'idées; documentent l'essentiel de sa réflexion, de son inventivité, et apparaît L'Unitor, destiné à fournir

« … des outils aux architectes et autres techniciens de la production d'espace conditionné, ainsi qu'aux autorités compétentes et aux usagers ».

 

Comme le dit Joël de Rosnay (Le Macroscope, Ed. Seuil, 1975) :

« Microscope, télescope : mots qui évoquent les grandes ouvertures scientifiques vers l'infiniment petit et l'infiniment grand, … plonger dans les profondeurs du vivant, … la cellule, microbes, virus, … ouvrent les esprits à l'immensité du cosmos, tracent les routes des planètes et des étoiles. …Nous sommes aujourd'hui face à un autre infini : l'infiniment complexe. Mais cette fois sans instruments. Seulement avec un cerveau nu, une intelligence et une logique sans armes face à l'immense complexité de la vie en société ».

 

Serralta a fait face à ce défi - l'infiniment complexe - depuis l'aube des années 1960. L'infiniment complexe des facteurs, des systèmes, des lois qui gravitent ou déterminent l'implantation de la communauté humaine et "l'architecture" de l'espace qu'ils occupent.

La "complexité" est aujourd'hui un sujet de débat, de recherche, dans tous les domaines de la connaissance. Serralta nous a proposé le résultat de ses recherches et réflexions : L'Unitor est un outil d'observation.

Elle permet d'isoler des « choses » mais, en même temps, en les montrant dans leur continuité organique, elle rend impossible leur prise en compte isolée.

C'est une approche systémique et holistique de la réalité et des actions, pour transformer ou préserver la réalité.

Serralta dit : « Ils nous ont mis des lunettes pour déformer la réalité. Inventons des outils pour penser et agir ensemble ; c'est un point de départ pour tout mettre en relation sous le signe de l'unité et de la diversité.

Les hommes ont besoin d'Unitores pour construire l'Unitor planétaire.

En tant qu'architecte : artiste, technicien, scientifique, philosophe.

Un jour, depuis Paris, les amis commencèrent à recevoir de la correspondance en postales, ou "cartes dessinées".

Toujours le crayon, la plume et la synthèse plastique expressive dans les messages qu'il nous transmet.

La passion de l'investigation et la formidable créativité et expressivité artistique se sont déversées dans la correspondance.

Le trait pompeux et synthétique à la fois entremêlait, dans des formes expressives infinies, les soucis, peines ou joies qui assaillent l'auteur.

Et les réflexions sur le plan des enquêtes esthético-mathématiques (ah, le Modulor !), les nombres d'or, la "coudée" égyptienne, le triangle 3,4,5, etc..., débordent les cartes postales pour capturer des messages dans de petites œuvres d'art et de sagesse.

 

Retiré de l'activité d'enseignement, il s'immerge pleinement dans le domaine de la création plastique, qui se déroule parallèlement à l'élaboration de L'Unitor (1981), synthèse de cette pensée dans un "livre" insolite :

un accordéon imprimé à la main en sérigraphie par l'auteur, par son fils Charles, et d'autres collaborateurs, famille et amis.

Une œuvre d'art, présentée comme telle au Grand Palais, 1986, Salon d'Automne.

Les lettres et cartes postales arrivent désormais pleines de couleurs, et les "images" prennent place dans la production de l'artiste.

Et les expositions se succèdent dans divers pays européens, et cet homme "artiste hors du commun et illustre" selon les mots d'un journaliste français, acquiert une notoriété et aujourd'hui arrive, revient, dans son pays.

Toujours aussi parcimonieux ou timide, mais d'une tendresse intérieure, le plus souvent cachée, tantôt naissante, voire souriante.

 

Bienvenue.

 

 

voila une bonne nouvelle 

Réédition de l'UNITOR

Jean-Pierre Huguet Editeur